Critique

Publié le 4 Mai 2016

Critique

Le mois dernier, je me suis produite pour la première fois en Arménie - vous trouverez des extraits de mes trois concerts sur la page "Video". Et voici un extrait de l'article de la musicologue et critique Anna Arevshtyan (publié dans "La Voix d'Arménie" - vous trouverez le lien vers la page originale en russe en bas de la citation) qui a assisté à deux d'entre eux:

La Salle Gafesjan a accueilli les débuts à Erévan d’une remarquable jeune chanteuse venue de France, Mariam SARKISSIAN. Dotée d’une voix au timbre d’une beauté rare de mezzo rossinien, d’une diction irréprochable et d’un sens très fin du style, elle a présenté lors de deux soirées des programmes de caractère différent, l’un composé d’œuvres de compositeurs européens et l’autre de compositeurs arméniens. <…>
Mariam s’est concentrée ces derniers temps sur la musique de chambre, ce qui lui permet de communiquer avec un relief particulier aux auditeurs les moindres nuances de l’intonation vocale et de la parole. Son sens remarquable du style et l’étendue de son répertoire sont également confortés par sa connaissance de plusieurs langues. Le domaine principal de l’activité artistique de Mariam Sarkissian réside dans la recherche et l’exécution d’œuvres vocales peu connues ou injustement oubliées, ce qui la mène fréquemment à des découvertes intéressantes. C’est ce qui présidait au programme du premier concert d’Erévan, lors duquel ont été interprétés pour la première fois en Arménie le cycle vocal du compositeur romantique Louis Spohr « Six chants allemands » et des extraits des « Péchés de vieillesse » de Gioachino Rossini composés dans la dernière période d’activité du compositeur. <…>
Dans le cycle d’une grande richesse mélodique de Spohr, la chanteuse a démontré une maîtrise remarquable du style du lied allemand, empreinte d’accents personnels. Les opéras de Rossini sont connus de tous, mais rares sont ceux qui savent qu’il est également l’auteur d’œuvres de musique de chambre, en particulier vocales, empreintes d’élégance, d’allusions variées et d’humour. Elles ont permis à Mariam Sarkissian, en dehors de ses aptitudes vocales exceptionnelles, de faire pleinement preuve de ses dons artistiques, de sa capacité à créer dans chaque pièce un personnage ou une esquisse mémorables. Lors de ce même concert a eu lieu la première mondiale du cycle vocal du compositeur israélien contemporain Ilya Dimov « Trois villes » sur des vers de Federico Garcia Lorca pour voix, clarinette et piano dédié à Mariam Sarkissian et au célèbre clarinettiste canadien Julian Milkis qui s’est fréquemment produit ces dernières années avec la chanteuse, composant ce soir avec celle-ci et Artur Avanesov un magnifique ensemble.
En introduction au second concert donné au musée-institut Komitas eut lieu la présentation du dernier disque de Mariam Sarkissian « Armenian composers » regroupant des enregistrements, en compagnie également d’Artur Avanesov, du cycle vocal « Zmrukhti » (Emeraudes) de Romanos Melikian, de quatre hayrens sur des vers de Naapet Kuchak et du cycle vocal sur des vers de Federico Garcia Lorca de Tigran Mansourian. L’enregistrement a été réalisé par la compagnie hollandaise Brillant Classics. Cet album comprend également le cycle de six pièces pour piano « Feux follets » d’Artur Avanesov interprété par l’auteur. <…>
Le recours à la musique de compositeurs arméniens définit une autre facette importante de l’activité artistique de Mariam Sarkissian. Son interprétation d’œuvres aussi connues et emblématiques de la musique vocale arménienne du XXe siècle que « Zmrukhti » de Mélikian ou Hayrens de Mansourian témoigne d’un ressenti profondément organique des différentes strates du mélos national arménien et d’une fine intelligence du style de chacun de ces compositeurs originaux. Il est à noter que la chanteuse a également mis à son programme trois romances sur des vers de Garcia Lorca (dans une traduction d’Amo Sagian) de Mansourian, injustement oubliées et repoussées au second plan par les célèbres Hayrens. C’est là une œuvre très caractéristique des recherches effectuées par le compositeur dans sa jeunesse. On peut dire que grâce aux efforts de Mariam Sarkissian, ce cycle vocal de Mansourian composé dans la lointaine année 1966, a acquis une vie nouvelle. Trois mélodies extraites du cycle connu « Monument à ma mère » d’Alexandre Aroutiounian sur des vers d’Ovanes Chiraz ont été également interprétées de façon très expressive. La chanteuse est parvenue à faire totalement ressortir le caractère dramatique et la profondeur des sentiments imprimés dans cette œuvre. La finesse du phrasé, l’articulation emplie de sens de chaque son émis, la richesse des nuances ont empreint tous les cycles vocaux interprétés. <…>
Pour en revenir aux premières prestations de Mariam Sarkissian devant les auditeurs d’Erevan, il faut noter que la chanteuse se trouve dans la période de toute la plénitude de son art. Elle se consacre actuellement avec ses collègues français à l’enregistrement d’œuvres vocales peu connues de Jacques Offenbach qui, d’après elle, comme c’est le cas avec Rossini, représentent une grande valeur artistique. Espérons que Mariam Sarkissian se produira plus souvent en Arménie en laissant, comme cette fois, des impressions inoubliables.

La Voix d'Arménie 2016-05-03

Rédigé par Mariam Sarkissian

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